Ludovia pour faire bouger l’éducation

Ludovia, un temps de rencontre pour le numérique à l’école. Si vous ne connaissez pas, je vous laisse lire le billet de Bruno Devauchelle, qui donne une bonne idée de l’ambiance et l’organisation, et de la diversité des activités, qui donne sa richesse à l’événement. Bruno a d’ailleurs fait un travail d’animation remarquable pour le débat d’ouverture "numérique et éducation, entre consommation et création, articulée autour de la traduction de la Khan Academy en français (Jean François Cerisier, participant à cette table ronde nous fait d’ailleurs un retour sur son point de vue), la présence de Dominique Cardon a permis de faire la part belle à la dimension de production et de coopération . Pour ce qui s’est dit dans les différentes tables rondes, mes amis blogueurs ont fait un superbe travail de prise de notes que vous pouver retrouver sur le site.

Le rôle de blogueur à Ludovia est d’ailleurs particulier et passionnant. Nous sommes plusieurs, du primaire à l’université, à être invités pour mixer des rôles d’animateur, de contradicteur, de relais vers les réseaux sociaux, et de synthèse ! Pour ma troisième participation à cette manifestation, je me suis attelé plus particulièrement aux tables rondes en assurant l’animation de deux d’entre elles (Apprentissages sur une planète 3.0, comment peut-on intégrer la culture numérique et éviter la fracture numérique ? Et Mobilité et ENT « Apprentissages et supports mobiles individuels : quelle place pour l’ENT ? » ) et en participant à une troisième (MOOCs, LMS et média d’apprentissage, entre consommation et création ?).

Le thème cette année était la culture numérique. J’en ai d’ailleurs demandé une définition aux intervenants de la première table ronde que j’ai animée. En synthèse, c’est l’ensemble de savoirs et savoirs faire nécessaires nécessaire pour vivre dans une société numérique. Cela se rapproche de ce que disait Jean-Louis Durpaire lors du colloque EcriTech’5 qui a eu lieu en avril :

« Vivre le numérique à l’Ecole, c’est traiter la question de l’éducation tout court (au lire, écrire, compter, créer…) qui désormais se pose à l’intérieur d’une société du  numérique, celle que les élèves habitent. On y retrouve d’ailleurs les mêmes questionnements dans les deux événements. »

Une telle manifestation permet de prendre le pouls du système éducatif, et de faire se croiser Ministère de l’éducation nationale, établissements, inspecteurs, enseignants, périscolaire, collectivités territoriales, universitaires, débutants et experts du numérique. J’y ai noté cette année une évolution des mentalités – on parle de mutualisation, une peu plus difficilement de coopération entre enseignants. Mais toujours sous contrôle, l’horizontalité et l’ouverture si elle souhaitable pour la coopération et demandée par beaucoup, n’est pas encore admise par les inspecteurs ou le ministère.

Au niveau des ENT, le discours évolue puisque l’on parle maintenant d’outil pour la communauté d’un établissement. Coté mobilité, cela évolue également. Les retours d’expérience démontrent l’intérêt d’utiliser des équipements comme des tablettes (et autres) pour apprendre dans et hors la classe. De manière intéressante, les utilisateurs sont tous allés au delà de ce qu’ils pensaient au départ, découvrant de nouveaux usages, et des détournements utiles. Mais on reste étonné par la distance entre les besoins exprimés par ces retours d’usages, les cahiers des charges et autres schémas directeurs qui sont bien trop figés, et les éditeurs de solutions d’ENT qui ont l’air d’avoir bien du mal entre les outils généralistes du web, et des exigences complexes, pas toujours issues du terrain. Il y a encore trop de distance entre les enseignants, les donneurs d’ordre que sont les collectivités territoriales, les cadres proposées par le ministère, et les éditeurs. Trop complexe en tout cas pour accompagner l’innovation (pédagogique et technique) de manière efficace. Il semble ainsi que des besoins comme travailler de manière déconnectée soient mail pris en charge, et que l’accessibilité soit une grande oubliée alors même que les équipements mobiles permettraient des progrès dans ce sens.

Et pourtant, tous sont de bonne volonté, dans les échanges informels, j’ai eu des échanges fructueux avec des membres de la Direction Numérique pour l’Enseignement, j’ai découvert un principal, Jamel El Ayachi, qui a décidé d’intégrer son collège dans les réseaux sociaux, j’ai longuement discuté avec un prof d’EPS, Martial Pinkowski, qui développer et propose des solutions adaptées aux enseignants et aux élèves en mobilité. J’ai enfin rencontré en direct certaines personnes avec qui j’échange depuis plus ou moins longtemps : Bruno Devauchelle qu’on ne présente plus, Muriel Epstein qui anime le transiMOOC, seul MOOC pour collégiens, Lyonel Kaufmann autre « blogueur ». J’ai eu le temps et le plaisir de mieux faire connaissance avec le très actif Michel Guillou.

Chose nouvelle, au delà de l’annonce de la refonte des programmes, on voit poindre des questionnements autour de l’évolution du système éducatif. Il y a urgence si on prend le point de vue du Tsunami numérique défendu par Emmanuel Davidenkoff. Et pourtant, il est clair qu’il ne sera possible d’évoluer qu’en laissant le temps aux acteurs d’apprivoiser le numérique. Chacun doit progresser dans sa zone de confiance. Il me semble que cette évolution ne sera possible que si l’encadrement accepte de lâcher prise. La coopération est à ce prix, on l’explique aux enseignants en leur expliquant qu’ils doivent passer du rôle de transmetteur à celui d’accompagnateur des apprentissages de ses élèves. Il est indispensable que l’institution comprenne que cela s’applique également à elle, et à son corps d’encadrement (inspecteurs et chefs d’établissement), qu’elle est elle-même une organisation apprenante.

Par ailleurs, la présentation de MOOC et de cartographie de savoirs dans une même session a suscité bien des réactions et des questions, autour du partage de cours, et de l’ouverture des apprentissages. Les échanges finaux portaient alors sur les rythmes des cycles d’enseignement et les questions de validation, avec les badges et autres dispositifs. Mais il semble encore trop tôt pour faire un sujet de table ronde sur l’évolution du système éducatif par le numérique.

Cela renforce ma conviction que les axes de recherche identifiés lors de l’école d’été sur les MOOC sont en phase avec les besoins d’évolution du système éducatifs, et c’est la bonne nouvelle de la rentrée. J’y reviendrai.

En conclusion, au niveau classe et périscolaire, on est passé de l’outil aux usages. Au niveau des programmes, le principe de culture numérique (et celui de savoir coder) est acté. L’établissement se pense maintenant en tant que communauté, qui peut s’ouvrir, et cela est très positif. Bref cela bouge. La gestion des ressources reste compliquée, et le contrôle, lié notamment aux programmes semble encore s’imposer. Il n’est pas sûr que les associations comme Sésamath ou autres se diluent dans Canopé, qui évolue, mais sans doute encore trop selon un modèle de média, sans intégrer pleinement la coproduction. Reste également à l’institution de trouver des degrés de souplesse pour pouvoir évoluer, intégrer l’évolution permanente qui est constitutive de la société numérique.

Mon "indigeste" bilan de l’école thématique CNRS "MOOC et EIAH"

Durant 6 jours, une cinquantaine de personnes se sont réunies pour échanger autour des problématiques de fond sur les MOOC. L’ambiance a été particulièrement constructive, et la diversité des participants a donné une grande richesse à tous les échanges informels.

Les thématiques abordées intégraient :

  • Une introduction par George Siemens démontrant en quoi le numérique peut permettre d’activer des capacités latentes de partage de la connaissance
  • Marcel Lebrun nous a proposé de revisité le dispositif pédagogique MOOC au travers de la question de la présence dans l’apprentissage ;
  • Des retours d’expérience de plusieurs pionniers de la création et de l’animation de MOOC dans des contextes très divers : Jean-Marie Gilliot, Rémi Bachelet, Matthieu Nebra, Thierry Curiale. Le questionnement était bien évidemment le lien entre créationde MOOC et recherche et démontre qu’il y a effectivment convergence entre une approche de terrain et la nécessité d’analyser et de développer des outils adaptés.
  • Bruno De Lièvre nous a présenté ses résultats sur le tutorat et propose de qualifier le tutorat de social ou « social tutoring » dans les MOOC, ce qui permet de requalifier les interactions dans ce type de dispositif ; Des premiers outils et modèles d’analyse sous forme de recherche action par Pierre André Caron et Maryline Rosselle. Présentation qui s’est prolongé sous forme d’un atelier ;
  • En termes d’éléments complémentaires :
    • L’annotation de vidéos pour la construction de scénarios au travers d’un atelier animé par Camila Morais Canellas, Olivier Aubert et Yannick Prié ;
    • Une prise en main d’un outil de gestion de traces animé par l’équipe d’Alain Mille
    • Une incursion dans des exemples de dispositifs de réalité virtuelle au travers d’une visite du CERV guidée par Ronan Querrec ;
    • Un atelier sur la génération semi-automatique d’exercices animé par Nathalie Guin et Marie Lefèvre
  • Une introduction aux données d’apprentissage (learning analytics) au travers d’un exposé passionnant de Mathieu D’Aquin, complétée par une approche plus algorithmique présentée par Zachary Pardos ;
  • En prolongement, nous avons abordé les questions de recommandation au travers d’un autre exposé lumineux intitulé « de l’observation aux recommandations » de Mathieu D’Aquin, et d’une table ronde regroupant en plus de Mathieu d’Aquin, Vanda Luengo, Serge Garlatti et Alain Mille ;
  • tous les participants ont également été conviés à échanger au travers d’une séance de posters , et d’un barcamp terminal durant lequel un certain nombre de sujets non explicitement traités ont émergé. Parmi ces thèmes : un groupe a choisi d’approfondir les modèles liés au pilotage, à l’adaptation et à la personnalisation dans une MOOC, un groupe s’est penché sur les jeux d’acteurs et le cadre d’action pour intégrer ses dispositifs dans le système de formation, un autre a abordé le lien entre MOOC et collectif/communauté d’apprentissage, un dernier a questionné la place de la technologie dans la recherche sur l’apprentissage à « l’ère du web ». Le bilan à chaud de l’école a été un dernier temps d’échange très positif.

 

Les différentes productions de l’école ont été capitalisées sur un site ouvert, et incluent supports de présentation, prise de notes collectives et billets de blog. Les différentes interventions ont été retransmises en direct sur le web, relayées sur twitter, et seront également rendues disponibles sur le site dès que possible. Notons que ce site est une instance de Claroline Connect, plateforme de MOOC développée par un consortium incluant l’université de Lyon 1, l’Université Catholique de Louvain la Neuve.

D’un point de vue de l’organisation et de la richesse scientifique, l’organisateur que je suis a été comblé, notamment du fait de la mobilisation des personnes du comité scientifique, du comité d’organisation et de bien d’autres (avec une mention spéciale à l’incontournable Christophe Batier même s’il n’était pas présent avec nous).

Par rapport à mes propres préoccupations, je retiens quelques éléments clés.

Commençons par des éléments de contexte :

  • On a beaucoup parlé de la question de l’éthique, Zachari Pardos nous a ainsi présenté Asilomar, une convention récente sur les données pour la recherche en éducation ;
  • Sur la question des données, nous avons beaucoup insisté sur la nécessité de disposer de données ouvertes. Cette notion inclut non seulement la publication (après anonymisation) , mais la possibilité d’interrogation au travers d’API ouvertes type « linked data » pour les rendre réellement exploitables et interopérables, condition nécessaire pour pouvoir développer des services pertinents. L’Open University est d’ailleurs exemplaire à ce sujet ;
  • Retenons également que le développement de tableaux de bord à tous les niveaux (apprenants, enseignants, institutions…) peut fournir de précieuses informations, pour autant que l’on en fasse des analyses pertinentes (quelques exemples d‘analyses erronnées)
  • L’analyse d’impact de modalités, autour de l’animation notamment, nécessite de pouvoir piloter en parallèle des cohortes distinctes de participants. Il serait donc intéressant de disposer d’une fonctionnalité à inclure dans les plateformes permettant de les piloter indépendamment et de visualiser l’effet du test entre ces cohortes. Cela devient effectivement possible dans des environnements massifs ;

 

Plus fondamentalement, la question de la publication des cartes de connaissance est ressortie assez clairement. Dans les systèmes actuels, l’institution ou des sites de cours peuvent publier des telles cartes (on en trouve sur OpenClassrooms ou Khan Academy) proposant ainsi des menus standardisés (qu’on appelle des formations). Si l’on veut adopter une vue distribuée, permettant à chacun de rendre disponibles ses propres savoirs, on passe à une notion de carte, de graphe de connaissances personnelle (ou Personnal Knowledge Graph). Cette publication, selon George Siemens permet d’activer des connaissances latentes. Activables car visibles. Selon lui, c’est cette visibilité qui permet de développer des nouvelles formes de services participatifs sur le web, comme Uber ou Airbnb, et donne un pouvoir plus important aux utilisateurs. Traduit dans un cours, cette visibilité des connaissances disponibles permet de développer des interactions très différentes de celles basées sur l’hypothèse que seul le prof est détenteur de savoirs. Les médiations se trouvent enrichies , les recommandations deviennent possibles, les interactions entre personnes sont encouragées. Cette notion de graphe (ou carte) de connaissances personnelles permet d’ouvrir de réelles perspectives innovantes. Mathieu D’Aquin nous a ainsi présenté un outil konnektid faisant le lien entre carte de connaissances et carte géographique issu du projet européen linkedup qui va dans ce sens.

Cette approche fait tout à fait écho avec le « social tutoring » pour reprendre la terminologie de Bruno De Lièvre qui tend vers l’idée que les fonctions du tutorat doivent être vues de manière plus horizontales, plus sociales dans un dispositif massif ouvert (un MOOC). Pour aller plus loin, il va être nécessaire de revisiter les différentes fonctions, les différents rôles de l’apprenant et de l’enseignant dans un tel dispositif. C’est ce que l’on constate déjà dans le développement d’équipes d’animation autour d’un MOOC.

Il me semble que l‘architecture Smoople (contraction de Semantic ou Social, MOOC, Pervasive et PLE) sur laquelle nous avons travaillé fournit une bonne base pour la récolte de données nécessaires à la construction de tableaux de bord pertinents et au moissonnage d’informations pour la construction de telles cartes ou graphes de connaissances. Se posent de passionnantes questions sur la maîtrise personnelle de telles données, sur leur visualisation, leur validation et leurs modes de publication d’un point de vue utilisateur final et sur l’exploitation pour accompagner le pilotage de collaborations et d’interactions au sein d’une communauté apprenante.

Bref, nous étions bien dans une école pour chercheurs dans laquelle les échanges ont été particulièrement riches et féconds. Chacun y aura trouvé des points de résonances avec ses propres travaux. En tout cas, j’y ai puisé des axes de travail pour les prochains mois, voire années.

Un MOOCamp pour l’école des communs au Forum des usages coopératifs

Comme mise en bouche pour le Forum des usages coopératifs, nous vous proposons de venir imaginer et scénariser les premiers MOOC autour d’une école des communs le 1er juillet à Brest.

C’est quoi un MOOCamp ?

Tous faiseurs de MOOC : Proposer, imaginer, scénariser des nouveaux MOOC en une journée, c’est l’objet du MOOCamp Day. Sur le modèle des barcamp et autres journées d’innovation, dans lesquelles tous les présents participent, le déroulement de la journée suit un schéma efficace : présentation de sujets de MOOC proposés par des participants et vote par l’assistance, puis ateliers de brainstorming et de construction impliquant tous les participants. La formule a été proposée par SenseSchool qui partage sa méthodologie, et c’est une excellente manière de transformer l’éducation.

La formule MOOCamp a déjà été jouée deux fois avec succès dans le cadre de l’initiative France Université Numérique. Il est donc temps de lui proposer d’autres horizons. Le cadre du Forum des usages coopératifs est naturel pour un telle ouverture, avec son motto « la coopération en action ». Ce Off constituera donc une excellente introduction à la session « L’école contributive » !

Pourquoi l’école des communs ?

Cette formule d’école des communs reprend les valeurs du forum. Autour des biens communs, il y a la notion d’éducation, de partage de valeurs et de savoirs bien de la contribution. Pour imaginer des formations citoyennes, pour proposer des formations accessibles à tous portées par des collectifs, le MOOC, Cours Ouvert à Tous en ligne et Massif est une option qui semble porteuse dans la droite ligne d’une initiative comme l’Université Pair à Pair (P2PU).

Vous cherchez un exemple ? Le MOOC sur les Ressources Éducatives Libres proposé au printemps est d’une certaine manière fondateur. Vous cherchez des thématiques ? Le programme du Forum en regorge. À titre d’inspiration, je vous propose également un point de vue de Christine Vaufrey : Les MOOC d’équipe débarquent ! N’hésitez par à venir partager votre passion et proposer votre sujet, quel qu’il soit, l’école des communs est ouverte.

Un tout petit peu d’organisation.

Vous êtes intéressé ?Vous comptez venir ? Proposer un sujet à explorer ensemble ? Vous pouvez vous inscrire sur ce formulaire en ligne, ou amender la page wiki du MOOCamp.

La journée aura un déroulement classique : rendez-vous 14:00 – proposition de sujets et vote – travail en ateliers de brainstorming puis de consolidation – en fin de journée : présentation, vote et acclamation des sujets travaillés dans la journée – avant de rejoindre l’apéro coopératif de nos régions proposé dans le cadre du forum des usages, et de découvrir le programme de la soirée.

 

Crédit photo : T Shirt clicc par Sylvain Naudin – licence CC-by-sa

Tous faiseurs de MOOC – mon second MOOCamp Day

Tous faiseurs de MOOC : Proposer, imaginer, scénariser des nouveaux MOOC en une journée, c’est l’objet du MOOCamp Day. Sur le modèle des barcamp et autres journées d’innovation, dans lesquelles tous les présents participent, le déroulement de la journée suit un schéma efficace : présentation de sujets de MOOC proposés par des participants et vote par l’assistance, puis ateliers de brainstorming et de construction impliquant tous les participants avec des animateurs formés par SenseSchool. Plus le public est varié, mieux c’est.

Après le succès de la journée du 11 janvier à Paris, la seconde journée se déroulait ce 14 juin en 7 lieux entre Brest, Lyon, Montpellier, Nany, Paris, Toulouse et Tunis. À Brest, nous étions accueillis par l’UBO, avec l’appui de l’UeB, de FUN et l’animation de Télécom Bretagne.

Si un appel était lancé en amont, il était évidemment possible de proposer son sujet sur place. Ainsi c’est bien parce que j’ai asticoté un petit groupe d’étudiants présents que l‘un d’entre eux nous a proposé un sujet « 1 MOOC pour sauver 1 vie » qui a suscité l’adhésion de la salle ! C’était donc le sujet surprise et c’est tout à fait dans l’esprit de ces journées « Camp ».

Il ne s’agit pas de choisir institutionnellement un sujet qui sera forcément pérenne, mais bien de faire ressortir l’originalité, d’apprendre ensemble, de s’imprégner de nouvelles tendances, éventuellement de servir d’accélérateur aux sujets retenus. Certains collègues enseignants-chercheurs avaient un peu de mal avec le caractère informel des choix tant au démarrage qu’à la fin de journée quant suite aux votes, c’est ce sujet « 1 MOOC pour sauver 1 vie » qui a encore recueilli le plus de suffrages. La question était alors de savoir quel était l’engagement de l’institution, alors qu’il s’agit à ce stade d’un simple coup de cœur, une manière de saluer l’impertinence, le travail réalisé dans la journée et la nature du sujet.

Il s’agit bien d’une approche informelle dont le porteur peut retirer des bénéfices (l’expérience, les idées proposées, un début de reconnaissance) mais qui n’engage pas l’institution à ce stade. C’est également le cas pour le MOOC du jury («Valoriser, entreprendre pour innover »). Là encore le choix du jury est souverain, valorise le résultat de la journée, l’intérêt du sujet, l’image véhiculée et n’engage pas un soutien à terme (quoique dans ce cas là, il est certain que l’institution porte un intérêt pour le sujet).

Deux autres sujets ont été animés durant cette journée à Brest. Le premier, « Cuisinez comme un chef », devenu COOKMOOC en fin de journée a suscité plein d’idées intéressantes concernant les activités possibles, mais a souffert d’un crash à la présentation finale qui n’a pas permis de bien percevoir toutes les innovations embarquées. Gageons que le sujet sera poursuivi par sa porteuse Sophie Briand qui nous a apporté ce sujet pour le Centre Culinaire Contemporain et les Cercles Culinaires de France . Il semble d’ailleurs que la thématique était présentée dans plusieurs villes. Espérons que le fait d’avoir été tous présentés au MOOCamp permettra des rapprochements. Le second « La terre, une planète en mouvement » a permis de tirer parti d’un senior récemment en retraite qui a permis de valoriser son expérience.

En passant, joli titre sur le Télégramme pour relater cet événement : « Dans le mic-mac de la fabrique des MOOC »

 

Cette journée a été particulièrement riche pour les enseignants et autres ingénieurs pédagogiques qui découvraient la dynamique de ces démarches d’innovation, de concassage, de dynamiques de communautés qui permettent de visiter autrement la manière de concevoir un cours, et qui donnent après quelques heures un résultat prometteur et dans tous les cas très différents de ce que produirait une équipe pédagogique classique. Le grand mérite de ces journées est bien de permettre d’ouvrir la porte à des pratiques nouvelles porteuses d’ouverture, et d’aborder de manière simple des concepts parfois mal jugés comme la notion de public visé, de compétences ou de scénario pédagogique.

Mérite augmenté par le fait que ces journées étaient effectivement nationales. Et cela se sentait bien sur les réseaux sociaux, que ce soit facebook ou twitter. Cela faisait particulièrement plaisir de voir que les acteurs de la pédagogie et du numérique étaient nombreux à échanger, et de les retrouver à se faire signe de site en site. Ce coté Intervilles était lui aussi assez festif. À l’arrivée, cela fait tout de même 30 sujets explorés, autant que le nombre de MOOC actuels sur FUN-MOOC, c’est pas rien !

Bref, une journée qui ouvre l’enseignement supérieur à la société civile, et c’est une excellente chose. Une journée qui fait avancer la pédagogie et le numérique au sein de l’enseignement supérieur, et c’est une grande nouvelle :-)

 

Crédit photo : les images ont extraites du fil de tweets de @bay_nay, alias Bénédicte Donal.

MOOC – un dispositif pédagogique mutagène ?

J’ai été invité ce 26 mai par le Service Inter Universitaire de Pédagogie de l’Université de Toulouse dans le cadre de son cycle de conférences à parler de MOOC. J’ai voulu cette fois ci, après avoir présenté ce qu’est un MOOC, montrer que potentiellement ces dispositifs pouvaient changer notre manière d’enseigner, notre lien avec nos publics, notre manière de délivrer des diplômes, mais également que des nouveaux acteurs de tout type investissaient le champ de la formation. Bref, que les MOOC, ou plus largement le numérique, étaient porteur de mutation dans le système d’enseignement supérieur, d’où le titre. Plus insidieux encore peut-être que l’annonce d’un Tsunami numérique, en tout cas plus interne au système.

À la fois panorama, cette intervention se veut un appel au débat, car il y a un impact clair sur la communauté universitaire, et un appel à créer des MOOC ensemble, évidemment.

Je regrette de ne pas encore bien intégrer les points de vue de George Siemens qui me paraît important à prendre en compte, mais ça viendra.

 

Voici en tout cas le diaporama utilisé :

 

et le résumé proposé :

Après avoir fait la une de médias, les MOOC font maintenant partie du paysage universitaire. À la fois vus comme ouverture à de nouveaux publics, vitrine ou renouvellement de l’offre de cours nous essayerons de mieux cerner ce que peut être un tel dispositif pédagogique. Si l’on peut l’aborder comme un cours, presque classique, nous évoquerons en quoi les MOOC peuvent être un agent dans la mutation de l’enseignement supérieur.

Crédit photo : Virus 1 par Anna Leask licence CC-by-nc-nd

Une semaine pour parler recherche sur les MOOC du 6 au 11 juillet à Brest

Nous invitons chercheurs, doctorants, entreprises, startups à venir participer à une école thématique autour des MOOC et des EIAH, sous l’égide du CNRS, avec le soutien de nombreux partenaires. Cette école réunira des spécialistes internationaux qui viendront faire le point sur leurs travaux, que se soit sur les modèles pédagogiques, l’analyse et l’évaluation, les learning analytics, l’adaptation, l’expérience utilisateur … tout cela en intégrant la dimension massive qui n’est encore que trop peu traitée. Ils nous proposeront des ateliers pour montrer comment mettre en application leurs résultats, autour de l’annotation vidéo, de l’évaluation, de l’analyse de corpus de données … Le programme est encore provisoire. Nous comptons également que les participants contribuent en présentant leurs approches, au travers de posters et sous forme de pitchs. Nous prévoyons plus particulièrement des séances d’échanges avec les professionnels des entreprises et startups qui se joindront à nous.

Le tout est organisé en séminaire résidentiel sur le campus de Télécom Bretagne. Si vous comptez profiter de l’événement pour venir échanger en profondeur, inscrivez vous vite, « les places sont limitées ». Pour ceux qui ne pourront venir un relai numérique sera évidemment prévu, nous parlons de MOOC que diable (eh oui, le site d’accueil est sur la Pointe du Diable).

Beaucoup d’informations sont disponibles sur le site de l’école thématique. Pour ceux qui auraient des questions, n’hésitez pas à prendre contact.

Crédit photo : Vue aérienne du campus de Brest par Telecom Bretagne licence CC-by-sa

Moi je MOOC, et vous ?

Le MOOC en 4 lettres

MOOC est donc un acronyme anglais (« Massive Open Online Course ») qui a fait la une de nombreux journaux. Sa traduction en français CLOM, pour Cours en Ligne Ouvert et Massif, n’est pas forcément beaucoup plus explicite. Détaillons quelque peu.

Il s’agit donc d’un Cours, au sens universitaire, avec un début, une fin, une équipe d’enseignants qui accompagne les étudiants, une acquisition de connaissances et des activités qui permettent d’appliquer ces nouvelles connaissances.

Ce cours est en Ligne et Ouvert, ce qui signifie que n’importe quel internaute intéressé peut s’inscrire, et devenir plutôt qu’un étudiant, un participant à ce cours.

L’attribut Massif est ainsi une conséquence de cette ouverture, puisque, si la communication et le bouche à oreille fonctionnent bien, plusieurs milliers, voire dizaines ou centaines de milliers d’internautes peuvent s’y inscrire. Mais au delà des chiffres, c’est bien une expérience nouvelle qui est proposée aux participants des MOOC. Tout comme le caractère Massif de certains jeux en ligne (comme le célèbre World of Warcraft) permet de nouveaux comportements des joueurs, comme l’entraide, l’émulation, la constitution d’équipes, voire de guildes. Tout comme les réseaux sociaux ont révolutionné les prises de contact, les relations entre personnes et aussi la manière de recommander l’information, donc la connaissance. Cette dimension sociale de l’apprentissage permet bien de développer une entraide qui permet à certains d’apprendre mieux en aidant leurs pairs, en questionnant de manière plus libre, ou de résoudre ensemble une énigme (pardon, je voulais dire un exercice, un problème, un projet) qui permettra à chacun de progresser dans ses apprentissages.

Rien ne change, et tout change

Rien ne change, puisqu’il s’agit d’un cours en ligne, ce qui se fait depuis des années, avec souvent des enregistrements vidéos d’enseignants qui transmettent un savoir. Rien ne change parce que des contenus ouverts existent sur de nombreux sites. Rien ne change car la réussite du cours donne droit à une attestation ou un certificat.

Et tout change, parce que l’internaute s’est inscrit par curiosité, et ne s’accrochera que si l’expérience a du sens pour lui. Parce qu’il pourra échanger avec ses pairs et s’appuyer sur une large communauté pour construire ses connaissances, et peut être aller plus loin que ce qui était proposé au départ. Parce que moins d’un tiers des participants viennent pour cette validation. Parce que le contenu sera comparé à ses équivalents sur le web, tant sur le fond (une erreur dans un cours est vite détectée et peut ainsi être corrigée), que sur la forme. Pour les vidéos, les standard actuels sont donc la Khan Academy, pour sa concision, TED pour son ambiance et la passion, et les MOOC nord-américains …

Les premiers MOOC et l’informatique

C’est par un cours d’informatique que l’acronyme MOOC a pris de l’importance. En octobre 2011, Sebastian Thrun et Peter Norvig annoncent que leur cours d’intelligence artificielle à Stanford sera ouvert à tous. En quelques semaines 160 000 internautes se sont inscrits à ce cours. C’est le départ d’un mouvement qui a été rejoint par des millions d’apprenants sur les différents portails de MOOC à travers le monde. De même le premier MOOC de l’EPFL a été sur le langage Scala par son concepteur Martin Odersky.

Sebastian Thrun a créé dans la foulé une startup Udacity, pour proposer des cours en ligne en partenariat avec des experts issus de l’industrie de la Silicon Valley. Autres acteurs de l’ouverture des cours, Andrew Ng et Daphne Koller ont eu aussi créé une plateforme Coursera qui accueille des centaines de cours de plus de cent universités différentes du monde entier, qui représentent la moitié de l’offre étiquetée MOOC à travers le monde.

Derrière ces créations, il y a une ambition, celle de diffuser les connaissances dans le monde entier, mais aussi un objectif, celui de mieux comprendre comment les gens apprennent, en développant l’analyse des données d’apprentissage avec des approches issues des big data et de l’apprentissage automatique. Ce domaine de recherche connaît ainsi un fort développement. Le Cnrs, en partenariat avec l’Institut Mines-Télécom propose d’ailleurs une école thématique sur le sujet début juillet à destination des chercheurs en informatique.

Trouver son MOOC

Très rapidement, des enseignants de toutes les disciplines ont proposé des MOOC, de tous niveaux. Et le catalogue s’étoffe tous les jours, dans toutes les langues, et sur des plate-formes toujours plus nombreuses. Même si Coursera reste la plus impressionnante, de nombreuses alternatives existent : comme edX, qui est gérée par une fondation d’universités et d’autres partenaires, avec le MIT et Harvard en tête, comme Future Learn d’origine anglaise, qui nous propose des cours de haute facture et avec une approche très sociale, ou Iversity qui est la grande plate-forme privée européenne, qui a sélectionné ses premiers cours en organisant un concours où les internautes pouvaient choisir leur cours, sans oublier la plateforme FUN proposée par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre de son agenda stratégique France Université Numérique qui accueille des MOOC de nombreux établissements français. On pourrait citer de nombreux autres acteurs nationaux, ou des outsiders qui cherchent à se positionner sur le créneau. Le portail MOOC list en dénombre plus de quarante à travers le monde.

Quand une offre se diversifie, l’écosystème voit éclore des portails pour guider l’internaute dans ses choix. Outre MOOC list, citons Mooctivity qui offre des fonctionnalités sociales, et MOOC Francophone qui s’est spécialisé dans les cours en français. La communauté européenne propose également un tel point d’entrée en faisant la promotion de la production européenne au travers du site Open Education Europa.

Apprendre en ligne

Évidemment, le MOOC n’est pas la seule manière d’apprendre en ligne. Nombreux sont ceux qui ont pris l’habitude de travailler sur des ressources variées. Khan Academy vous propose de vous accompagner de votre première addition jusqu’à l’université. Les informaticiens vont chercher des réponses à leurs questions techniques sur des sites comme stackoverflow. Codecademy vous propose d’apprendre à programmer de manière interactive par vous même. Les cours en ligne disponibles sur OpenClassrooms sont connus de tous les professionnels, étudiants et lycéens de France, pour l’informatique, mais aussi de plus en plus en sciences. De plus ces sites sont contributifs, chacun peut proposer du contenu qui sera reversé à la communauté, selon des modalités spécifiques.

Un site comme OpenClassrooms a pourtant fait le choix de proposer des MOOC en plus de ses ressources, pour plus de dynamique et de visibilité. Si l’on parle si souvent de MOOC, c’est qu’ils constituent une réponse à ce besoin d’apprendre en ligne, proposés par le monde universitaire, portés par de grandes institutions, et donc bénéficiant de la réputation des universités. Les MOOC sont plébiscités car ils proposent un cadre connu, ce sont des un cours, un événement avec un début, une fin, un objectif et surtout une équipe d’enseignants, qui donne un cadre à la communauté. C’est donc un accélérateur pour faire évoluer la formation vers le monde numérique.

La forme n’est néanmoins pas figée. Les formes de MOOC sont variées et vont continuer d’évoluer.

Le terme MOOC nous vient d’ailleurs d’un cours de 2008 sur une nouvelle manière d’apprendre en ligne, appelée connectivisme, qui soutient qu’apprendre l’ère de l’abondance des ressources sur le Web est un processus de création basées sur son propre parcours construit sur des connexions entre des nœuds qui peuvent aussi bien être des ressources, des expériences, ou des personnes. L’apprentissage est alors un phénomène émergent. Cette vision de l’apprentissage est en phase avec les modèles de systèmes complexes et les phénomènes d’auto-organisation ou auto-apprentissage observés par des scientifiques de l’éducation comme Sugata Mitra.

Si il est ainsi prouvé que de tels autres modes d’apprentissage sont possibles, nombre de MOOC cherchent à apporter leurs propres spécificités, qui l’évaluation entre pairs, qui l’utilisation du smartphone comme outil de mesure, qui l’organisation de rencontres dans des tiers lieux comme les fablabs … L’enjeu est bien ici de renouveler l’enseignement, chacun apportant sa pierre à l’édifice d’une connaissance ouverte.

Créer son MOOC

Chacun pourra en effet créer son propre cours. C’est la promesse que nous fait mooc.org, site porté par edX et Google, mais qui reste encore à réaliser. En attendant, choisissez votre thématique, cherchez ce qui existe déjà dans le domaine, identifiez votre public, mettez vous à sa place, proposez lui une expérience enrichissante comme le font tous les sites web. Vous pouvez vous inscrire au MOOC de votre choix pour voir comment les autres ont fait, au MOOC « Monter son MOOC de A à Z » sur FUN, à lire les retours d’expérience de ceux qui en ont suivi ou fait un sur mooc.fr, voire à y contribuer…

Ensuite, c’est un travail d’enseignant connecté qui vous attend. Vous chercherez sans doute à constituer une équipe. Vous choisirez votre option d’hébergement. Vous préparerez en groupe votre cours, son déroulement, vous développerez ses ressources, dont sans doute des vidéos, au moins un teaser pour présenter votre sujet, des questions de compréhension, des exercices, des activités de groupe, des projets. Et le jour du démarrage du cours, vous serez là pour lancer un message de bienvenue, pour voir les premiers échanges, pour animer une séance de questions réponses, pour corriger les erreurs vite détectées par les participants, pour susciter les échanges, pour participer.

Tous étudiants, tous professeurs

À l’heure où le numérique permet une ouverture nouvelle dans l’accès à la formation, certains voient dans les MOOC l’annonce d’une standardisation des formations. C’est ignorer que le renouvellement des savoirs croit de manière exponentielle. La faute au web !

La formation restera donc dynamique pour suivre les évolutions et contribuer à sa structuration. C’est bien en s’inscrivant dans cette dynamique qu’il faut imaginer l’apprentissage. Le MOOC constitue une réponse actuelle à ce besoin de formation, dans un environnement web qui nous a habitué à innover sans cesse, et à nous proposer d’être tous contributeurs. Tout comme dans l’industrie du cinéma, il y aura des grands studios, de nombreuses productions, du cinéma d’auteur, et de multiples productions plus ou moins amateur, parfois géniales, et un renouvellement incessant.

L’homme est un animal social. L’appétence pour les échanges entre pairs montrent bien que l’on apprend en enseignant. Et pour rester pertinent en tant qu’enseignant, on n’arrête jamais d’apprendre, donc de contribuer.

Note : cet article a été initialement rédigé pour être publié sur le blog binaire de la SIF

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