Un horizon à 5 ans pour l’enseignement supérieur

à partir du Horizon Report 2015

Educause est une association américaine qui cherche à alimenter une vision prospective de l’enseignement supérieur. Elle produit notamment en association avec NMC une série d’“Horizon Reports” sur différentes facettes de l’enseignement au sens large (y sont inclus les bibliothèques et les musées ce qui en soi est une bonne chose). Je viens de lire avec intérêt mais difficulté le rapport sur l’enseignement supérieur.

Intérêt, car le dossier est très documenté et s’appuie sur une large base d’informations et sur un travail d’expertise semble-t-il très collaboratif, qui permet de faire émerger des éléments clés. Intérêt car il met en évidence une évolution réelle des questionnements dans ce type de document autour de l’innovation dans l’enseignement supérieur.

Difficulté par contre, car la manière de présenter enjeux, tendances et développements technologiques selon des axes temporels ou de niveau de compréhension, cachent de mon point de vue des axes structurants autour de l’évolution de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, leurs éléments en voulant devenir trop large me paraissent mélanger différentes dimensions, mais cela est peut être nécessaire pour combiner des avis d’experts venant d’horizons différents.

Le rapport est ainsi structuré autour de challenges “solubles”, “difficiles” ou “mal compris”. En “soluble”, on trouve l’association de l’apprentissage formel et informel et l’amélioration de la littératie numérique. Considérés comme difficile les modèles d’éducation alternatifs et l’apprentissage personnalisé et finalement comme “mal compris” l’équilibre entre vie connectée et déconnectée d’une part et l’enjeu de maintenir la pertinence de l’éducation.

Six tendances sont à impact à long terme (5 ans ou plus) , moyen terme (3 à 5 ans) ou court terme (1 à 2 ans). A long terme, on voit aussi bien le développement d’une culture de l’innovation que la nécessité de repenser comment les institutions fonctionnent. À moyen terme, on retrouve les idées de repenser les espaces d’apprentissage et la bascule vers des approches qui encouragent l’approfondissement de l’apprentissage. À court terme, l’accent sur la mesure de l’apprentissage et le développement de l’apprentissage mixte (numérique et présentiel) sont mis en avant.

Et pour finir, six développements technologiques sont mis à l’honneur. A court terme le BYOD, et regroupés l’analyse des données d’apprentissage et l’apprentissage adaptatif (learning analytics and adaptive learning), à moyen terme Réalité augmentée et virtuelle, makerspaces, et à long terme informatique affective et robotique.

De fait, à mon avis on perd de vue une autre grille de lecture, que j’organise selon 4 axes. L’évolution de la demande aux institutions, les innovations pédagogiques, le développement d’une infrastructure numérique, et l’organisation des institutions. Cela peut se décliner de la manière suivante :

  1. L’évolution des objectifs globaux de la formation, tant il est vrai que la culture de l’innovation ou le développement robotique changent les équilibres des formations, en mettant en avant des démarches plus créatives et l’intégration de démarches interdisciplinaires pour résoudre les problèmes complexes ;
  2. La volonté de proposer des enseignements qui engagent les étudiants : pédagogies actives, par projet, par controverse … Les ressorts qui alimentent cette volonté sont nombreux et se traduisent aujourd’hui le développement de dispositifs d’apprentissage mixte (en intégrant des ressources numériques, en proposant des dispositifs de classe inversée, en intégrant les médias sociaux …) et questionnent une meilleure reconnaissance des apprentissages extérieurs à l’institution.le développement des données en éducation.
  3. Les learning analytics ou “analyse des données d’apprentissage” font le buzz, tant la promesse d’aider à la fois l’étudiant, l’enseignant et l’institution est large. Coté étudiant, un système permettant de personnaliser l’apprentissage en comprenant mieux les mécanismes d’apprentissage, et en proposant médiation et conseil semble à nouveau à portée de main. Je dis “à nouveau” car c’est une vieille promesse de l’intelligence artificielle, souvent remise en avant, mais dont les applications sont restées jusqu’à présent limitées à des contextes particuliers. Les dernières avancées de la recherche permettent d’espérer des percées significatives, mais leur développement ne se fera pas d’ici un an. En attendant, le développement d’indicateurs va certainement être source de nombreuses discussions.

Ces trois points se renforcent mutuellement dans la remise en question de ce qu’est un curriculum, qui doit s’ouvrir pour permettre le choix, l’adaptation, que ce soit pour encourager créativité et interdisciplinarité, pour maintenir la motivation, pour prendre en compte les apprentissages extérieurs, ou pour permettre une personnalisation de l’apprentissage en fonction de facteurs d’efficacité. Dans un contexte d’apprentissage plus ouvert et de ressources abondantes, la notion de curriculum risque fort d’éclater. C’est un point implicite, mais auquel il me paraît important de donner toute sa place.

Derrière ces évolutions, se posent plusieurs questions ou challenges, que ce soit l’évolution du personnel, corps professoral en tête, ou l’équilibre entre apprentissage formel et informel, connecté et déconnecté. Cette dernière préoccupation est renforcée par les questions autour de l’éthique des données d’apprentissage.

Changement dans les objectifs globaux, éclatement de la notion de curriculum, pilotage par les données renforcé, induisent le quatrième élément de ma grille de lecture :

  1. L’évolution de l’organisation des institutions d’enseignement. Le rapport met bien en avant le fait que des nouvelles offres de formation apparaissent, que ce soient des formations d’excellence comme Minerva, des formations dédiés aux métiers techniques (informatique en tête), ou le développement d’une offre en ligne. Notons que ces offres sont souvent portées par des nouveaux acteurs ou des outsiders de l’enseignement supérieur.
    Plus pragmatique dans les institutions, la tendance est effectivement à revisiter les espaces d’apprentissage, ce qui intègre au niveau technologique effectivement d’intégrer une démarche BYOD (tant pour des questions d’évolution des usages plus systématique de la technologie, que pour mieux entrelacer apprentissage formel et informel), et de développer des Makerspace, pour encourager une culture du Do-It-Yourself en phase avec la culture d’innovation actuelle.
    Au final, a minima se pose la question de l’évolution des modes de fonctionnement des institutions actuelles, a maxima la place de l’éducation dans notre société.

Ma difficulté vient également sans doute que la priorité des enjeux, ou la temporalité des tendances n’est sans doute pas la même dans une école d’ingénieurs comme Télécom Bretagne, sans doute globalement en France.

En bonus, une infogrkeyissues2016_finalaphie de Educause mettant en avant les points clés pour 2016. (licence CC-by-NC-ND)

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