Êtes vous plutôt littératie numérique ou compétences numériques ?

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D’aucuns pourraient penser qu’il s’agit de la même chose, mais au fait de quelle « chose » parle-t-on ? Un article de 2018 « Digital competence and digital literacy in higher education research: Systematic review of concept use » se pose la question de quelles définitions sont retenues dans la littérature. Il en ressort différentes conclusions intéressantes.

D’après cette revue systématique de littérature, un certain nombre de publications ne se donnent même pas la peine de définir le concept, ce qui est étonnant pour un article scientifique. Notre article s’intéresse à voir si le concept est plutôt défini à partir d’autres articles de recherche ou à partir de documents « politiques » (policy … notamment européens). Il s’avère que la définition de la littératie numérique s’appuie plutôt sur d’autres travaux de recherche, et que la notion de compétence numérique est plus systématiquement adossée aux documents politiques. L’article montre également que la littératie numérique est plus souvent utilisée en Angleterre, aux États-Unis et en Asie, dans les disciplines de la santé et des arts, et s’intéresse plus particulièrement aux changements de pratiques et didactiques et au développement du système éducatif. La notion de compétence numérique, quant à elle, est plutôt développée en Europe continentale et en Amérique du Sud, dans les disciplines d’éducation des enseignants et d’économie, et s’intéresse au développement des compétences des étudiants et du personnel enseignant.

Littératie numérique

Compétences numériques

Région principales Angleterre, États-Unis, Asie Europe continentale, Amérique du Sud
Disciplines principales Santé, Arts Éducation des enseignants, Économie
But principal Changements de pratiques et didactiques, développement du système éducatif Développement des compétences des étudiants et du personnel enseignant

Reste à se poser la question de la définition des 2 concepts. Logiquement, le concept de littératie numérique s’est affiné au cours des travaux des chercheurs et recouvre potentiellement plusieurs dimensions :

  • La dimension fonctionnelle, à savoir trouver, analyser, manipuler, produire, partager de l’information. On est ici proche des capacités d’usages technologiques ;
  • La dimension esprit critique apparaît pour contrebalancer l’aspect technologique des premières définition, pour intégrer les aspects cognitifs liés à la gestion d’informations, et pour prendre en compte l’intégration d’un but ou d’une valeur ajoutée comme la créativité ;
  • La dimension sociale et collaborative, qui reconnaît l’évolution des pratiques et des manières de travailler en ligne. On peut aussi y intégrer la construction de nouvelles connaissances, de nouveaux modes d’expression, d’action sociale et de communauté.

Dans cette dernière dimension, il y a d’une part les activités collaboratives (au sens disons échange et travail dans un groupe) et une dimension de l’émergence, au travers de communauté et/ou de société qui sont des éléments avérés et documentés.

Du coté des compétences numériques, on s’intéresse plutôt aux deux premières dimensions, en les intégrant avec un dimension réflexive pour les enseignants, ou en insistant sur la capacité à apprendre, travailler, vivre dans une société numérique, et donc au-delà de la capacité de développer une sensibilité et une attitude à utiliser le numérique, pour pouvoir atteindre des buts et prendre des décisions informées. Le lecteur intéressé pourra consulter l’article cité pour les définitions détaillées.

Pour finir, je suis toujours un peu étonné de ne pas avoir de liste de types d’informations qu’un citoyen, qu’un étudiant ou qu’un enseignant puisse être amené chercher, visualiser, analyser mais aussi manipuler, réutiliser, remixer. On parle souvent des droits et devoirs associés, mais on s’intéresse moins souvent à la nature des informations. Le texte est une évidence, ainsi que les média classiques (son, image, vidéo) bien que souvent moins couramment utilisés (au moins dans un contexte scolaire). Il faudrait donc encourager la création de sons, d’images, de vidéos. Dans le cadre éducatif, il y a souvent une volonté de manipuler des bases d’informations plus spécialisées que les moteurs de recherche par défaut, mais cela n’est finalement qu’une recherche. Par contre, nous voyons apparaître de plus en plus souvent la question de données brutes qu’il faut savoir interpréter (sur le modèle des décodeurs – et de bien d’autres). Sans faire de la science des données, on peut se poser la question s’il ne faudrait pas ajouter dans les dimensions fonctionnelles la maîtrise de logiciels d’analyse de données, au-delà du simple tableur il y a nombre d’outils sur le Web. En tout cas cela entre dans le cadre des humanités numériques. Le périmètre fonctionnel des types de données est un périmètre qui s’élargit à chaque nouvelle génération d’usages grands publics.

Le prochain élargissement sera peut être l’initialisation et l’entraînement d’une intelligence artificielle.

Crédit photo : Image gratuite sur PxHere – licence CC0

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Et si on considérait la construction d’un cours comme un projet collaboratif – une classe renversée Web

Ne pas considérer que seul le prof peut construire le cours : co-construire avec ses élèves que ce soit le plan, les sujets traités, et même les évaluations, c’est le paradigme de la classe renversée. Mais on peut aller plus loin. En effet, pourquoi ne pas considérer les productions de ce cours sous forme d’une ressource ouverte, publiée, et modifiable. Quand ce cours est un cours sur le Web, c’est même relativement naturel.

Un cours renversé, ouvert et sur le Web

J’avais envie depuis longtemps de proposer un cours sous forme de classe renversée. Le Maître ignorant prend la poussière depuis longtemps sur ma table de chevet. Le concept de classe inversée connaît un regain de popularité impressionnant qui a relancé cette envie, surtout après avoir lu l’approche de Marc Nagels où il annonce avoir renversé la classe inversée. Ce qui cadre avec le type « classe renversée » dans la typologie proposée par Marcel Lebrun. J’avais déjà proposé la prise de notes collaborative il y a quelques années, mais cela restait limité en termes d’autonomie, puisque je restais la « source » d’informations principale, et le maître du déroulé.

Typologie des classes inversés

Typologie des classes inversés

Pour un informaticien enseignant en école d’ingénieurs, le web semble un bon thème pour tester ce genre d’approche, tant par l’abondance des ressources, par la multiplicité des sujets possibles, que par les fausses conceptions des étudiants. En plus le web regorge d’outils pour le web ! Des élèves ingénieurs trouveront forcément leur bonheur.

Un tel cours s’appuie naturellement sur un ensemble de ressources publiées sur le Web. Si le cours est renversé et que l’objectif principal pour les étudiants est de maîtriser les outils sous-jacents, la construction d’un tel site web devient le projet collaboratif du cours. Le web regorgeant de ressources tant éducatives que techniques ouvertes et libres, ou simplement gratuites, il est naturel de se positionner dans une perspective d’ouverture de la formation.

Les différentes composantes d’un tel cours

Dans le cadre d’un cours électif, le contenu peut être libre, ce qui est donc un cadre plus ouvert que certaines classes inversées encadrées par un examen national ou un cadre disciplinaire très posé. Les débats autour de l’apprentissage de la programmation croisés avec ceux sur culture et littératie numérique le montrent bien. Ne tranchons pas le débat, donnons le à nos étudiants. Une petite négociation avec les services de scolarité de l’école pour faire passer l’idée que l’évaluation sera le résultat d’une « négociation » avec les étudiants, et le cadre institutionnel semble ouvert.

Pour les séances collaboratives, les éditeurs collaboratifs sont également utiles. Dans notre cadre, nous avons retenu HackMD qui colle aux types de documents visés. Pour organiser les échanges entre pairs, permettre la discussion, et intégrer la question de l’évaluation, l’approche de Philippe Ruffieux de validation mutuelle de compétences cadre parfaitement pour créer une dynamique d’entraide. D’autant qu’un outil, Sqily, a été développé qui permet de supporter cette approche.

L’objectif de production d’un tel cours semble quasiment naturel : des ressources Web sur un site Web, qui permettra la construction collaborative et le partage des productions entre étudiants. Ceci a de nombreux avantages :

  1. Cela permet de développer une pratique de production technique en phase avec le sujet du cours ;
  2. La diffusion des résultats donne un authenticité bienvenue à ce travail ;
  3. Le fait que ce soit un site, et non pas de simples pages de wiki permet a priori des productions plus libres plus variées ;
  4. L’ouverture d’un tel dispositif est maximale.

Si ce site web peut intégrer a priori n’importe quelle technologie web, un tel ensemble de ressources a vocation à être regroupé, mis à jour pour permettre la correction et l’intégration de remarques de tout bord, pouvoir évoluer au fur et à mesure que d’autres étudiants proposeront des compléments ou que les technologies évolueront (une autre règle du web « version beta permanente »), il s’agit donc bien d’un projet dynamique dont il doit être possible de modifier les éléments, donc le code source du site. Là encore, la solution est classique pour un informaticien, il s’agît donc d’héberger le source de ce site sur ce qu’on appelle une forge logicielle, outil adapté à la gestion collaborative de projets, et permettant la gestion de versions, de branches parallèles, de corrections …

La forge classique pour héberger des projets publics s’appelle Github. C’est également une carte de visite pour les informaticiens que de participer à des projets sur cette forge. De plus, ce site permet de gérer une publication directe de sources textuelles qu’il est possible d’écrire avec une syntaxe assez simple. Au départ, c’est prévu pour les documentations logicielles, mais c’est un excellent outil pour faciliter les premières publications, à la mode wiki.

Cette forge abrite d’ailleurs de nombreuses sources de cours en informatique, mais généralement écrits par l’équipe enseignante (si vous avec identifié un cours écrit par des étudiants, merci de me l’indiquer). On y trouve ainsi des éléments sources du site de la P2PU ou du Freecodecamp ou une liste de livres de programmation libres. Sans parler des innombrables logiciels ou bibliothèques libres dans tous les langages possibles. Bref, une mine logicielle, une carte de visite, et un outil diablement efficace, dont la connaissance est indispensable à tout jeune programmeur.

Dit autrement, même si le cours est renversé, il reste nécessaire de proposer une méthodologie et quelques contenus de départ pour permettre le travail en commun.

Premiers retours

J’ai donc proposé ce cours renversé, appelé « Exploration du Web : fondements, techniques et usages » au printemps de cette année en tant que cours électif à des étudiants de IMT Atlantique, parcours Télécom Bretagne. Ce cours a été choisi par 18 étudiants, qui ont été au départ un peu déconcertés et qui se sont en suite prêtés au jeu de bonne grâce.

Sur les sujets proposés par les étudiants, certains ont été des grands classiques : HTML, données, gestion de requêtes, javascript, installation de CMS … ; d’autres liés à l’actualité : sécurité, données personnelles ; et enfin les Dark et Deep Web, qu’ils ont à peine oser citer au début (ils étaient gênés que l’on puisse en parler ensemble) se sont avérés des sujets qui les interpellaient et qui ont permis de faire le lien avec toutes les autres questions.

La construction commune de l’évaluation finale a amené pas mal de discussions et a impacté la préparation de l’évaluation finale. Leurs contenus sont publics, tant en tant que site de ressource qu’en tant que dépôt sur Github. Leur bilan est globalement très positif. Leur sentiment d’efficacité personnelle sur le domaine est impressionnant, ils se sentent prêts à aborder un projet autour du Web, plus que si le cours avait été uniquement technique. Sur une auto-évluation sur les différentes compétences visées par le cours (qui étaient majoritairement autour de la gestion d’information, le travail en groupe, la valorisation de résultats, l’autoformation, et la capacité de développement logiciel), la différence est entre 1 et 1,5 points sur une échelle de 5 pour chaque élément. Leur reproche principal concerne le rythme du cours, lié de mon point de vue au fait que j’ai voulu laisser trop de degrés de liberté (choix des outils) et n’ai pas donné de consigne assez précise. Ce cours démarre à nouveau ce 15 octobre, sur les mêmes bases, mais avec une animation revue. Espérons que les 15 nouveaux étudiants y trouveront le même intérêt, et y apprendront encore plus. Dans le principe, il est possible d’y intégrer des personnes extérieures, mais l’articulation entre débats présentiels et échanges à distance n’est pas géré à ce stade.

Ce cours s’avère donc bien répondre aux enjeux de la classe renversée, en renforçant le sentiment d’auto-efficacité des étudiants et en les amenant à traiter des sujets inédits pour eux, selon leurs point d’intérêts.

Pour plus d’ouverture

Les outils déployés en support de ce cours (site web, forge logicielle, validation mutuelle de compétences) sont bien alignés avec la thématique du cours, et permettent à nos étudiants de s’approprier des outils à la fois de travail et de valorisation de leurs compétences. Mais ils s’avèrent également permettre de modifier la publication d’un cours. Ce qui est mis à disposition n’est pas simplement le résultat d’un travail, mais également les éléments du processus (code source, modifications proposées…) qui ont permis ce résultat. Ce qui est mis à disposition devient un projet qui peut être repris, amélioré, étendu facilement. Il me semble que ce devrait être un standard à viser pour les ressources éducatives libres. Les modalités proposées peuvent s’appliquer à beaucoup de cours en informatique, et certaines le sont déjà (dépôt de code sur github, utilisation d’outils en ligne comme Plunker pour le développement web). La question pourrait être de savoir comment permettre ce genre de dépôt pour des cours en dehors de ceux de l’informatique.

Crédit photo : Typologie des classes inversées par Marcel Lebrun, licence CC-by-SA

 

Accompagnement des enseignants dans le cadre de la transformation numérique

C’est à la fois une question de numérique, de pédagogie,  de démarche scientifique, et donc de développement de communautés …

Le métier d’enseignant change. Disons que dans l’enseignement supérieur, l’aspect professionnel de l’enseignement est une dimension maintenant identifiée puisqu’on rend la formation sur ce sujet obligatoire pour les nouveaux enseignants chercheurs. Dans ce contexte, pédagogie et numérique sont traités de manière conjointes. L’hypothèse avancée étant qu’ils se renforcent mutuellement.

La transformation numérique relance la question de l’évolution du métier dans un cadre en changement, d’une évolution qui s’avère continue, notamment parce que le champ impacté par le umérique s’élargit d’année en année. Cette évolution du métier ne peut prendre sens que si elle est ancrée dans un cadre permettant d’orienter son action, un cadre qui est forcément celui de la pédagogie. De fait, ces deux premières dimensions nous amènent à intégrer également la démarche scientifique comme étant au cœur de cette évolution.

À cet égard, il est intéressant de s’appuyer sur les travaux menés dans le cadre des humanités numériques. Les humanités numériques permettent de penser l’intégration du numérique dans l’évolution de la production et de la diffusion des savoirs et et à la fois l’évolution des sciences humaines et sociales. Le numérique est à la fois vu comme un nouveau champ d’étude (qu’est ce qui change par le numérique) et comme un vecteur d’évolution des démarches scientifiques (comment faire de la recherche avec le numérique). Les humanités numériques, en tant que trans-discipline nous posent la question de l’évolution des disciplines liées à la pédagogie (sciences de l’éducation, EIAH, …), i.e. comment l’apprentissage change par le numérique, et quelles nouvelles méthodes développer avec le numérique (par exemple l’analyse des données d’apprentissage ou « learning analytics »).

Il y a aussi ici la question de l’évolution de métiers visés, des pratiques qui se développent en intégrant le numérique. Pour cela il y a deux axes qui permettent d’aborder cela. D’une part, on parle de culture numérique qui transforme la société, d’autre part on parle de littératie numérique. Cela transforme à la fois le métier d’enseignant, ceux que visent nos étudiants et la manière dont ils se comportent, donc apprennent. Le cadre de la littératie numérique intègre de manière explicite les processus de recherche d’information, de compréhension de gestion et de publication d’information au sein d’une communauté dans une perspective de développement de son esprit critique. Les fondements des différentes étapes de ce processus sont bien entendus maîtrisés par les enseignants. Il doivent néanmoins être transposés dans le cadre numérique, appropriation qui peut se faire dans le cadre de son développement professionnel, pour ensuite être réinvesti en tant qu’accompagnement de ses étudiants dans des démarches actives. Les humanités numériques développent également ce lien entre pédagogie, littératie numérique et recherche, en tant que pratique pédagogique. François Taddei va un pas plus loin en avançant que le numérique impose de lier modalités d’apprentissage et méthodologie de recherche au travers de sa vision de société apprenante.

Mais la recherche, ou du moins une approche de démarche scientifique, est également un vecteur potentiel de développement professionnel de l’enseignant en soi. L’idée nous vient du monde anglo-saxon avec le SOTL (Scholarship Of Teaching and Learning), à savoir mettre en place une méthode professionnelle, réflexive, instrumentée sur ses pratiques d’enseignement allant jusqu’à la publication. Cette démarche n’est pas nouvelle, mais a comme qualité de rapprocher pratiques d’enseignement des pratiques de recherche. Dans un tel cadre l’accompagnement par un conseiller pédagogique qui vient en soutien aux projets de renouvellement pédagogiques d’enseignants trouve naturellement sa place, en proposant à l’enseignant des outils pour l’aider à éclairer sa pratique, et à réfléchir à des pistes d’évolution. En adoptant une pratique réflexive, le développement professionnel pédagogique devient rationnel.

Traditionnellement, une question clé pour le chercheur est d’identifier des communautés savantes avec lesquelles il va pouvoir échanger sur ses travaux, et dans lesquelles il va pouvoir monter en compétence.Là encore le conseiller pédagogique peut jouer un rôle en tant que relai vers des communautés au sein desquelles il a vocation à participer. Bien que trop peu connues, de telles communautés existent dans le domaine pédagogique, qui permettent de progresser en adoptant une démarche SOTL. Elles peuvent être liées à une discipline (comment enseigner l’informatique, par exemple), à un type de pratique ou de méthode (en pédagogie, on trouve par exemple une communauté autour de la classe inversée). Elles peuvent avoir vocation à accueillir un public développant une réflexion un peu plus mûre sur les pratiques en croisant avec un public en sciences de l’éducation (comme l’AIPU ou la communauté autour du colloque « Questions de Pédagogies dans l’Enseignement Supérieur » pour citer les deux communautés francophones principales. Les enseignants-chercheurs qui font un pas vers ces communautés et leurs colloque sont souvent conquis par la qualité des échanges (voir par exemple l’évaluation du dernier colloque en date de QPES). Ces communautés sont conscientes des enjeux liés au numérique, utilisent le numérique au quotidien, mais n’en font pas un enjeu central.

Parmi les communautés qui tirent parti du numérique, notons ces nombreuses communautés nées autour d’une pratique pédagogique, comme celle des twictées, ou de la classe inversée, qui ont émergé rapidement et qui se sont prolongées par des colloques. Certes, ce sont des exemples dont un est plutôt issu du secondaire, mais ils démontrent l’émergence possible et souhaitable de communautés nouvelles, hors des influences institutionnelles. À cet égard, l’organisation de l’université d’été Ludovia est exemplaire en sachant reconnaître et accueillir ces communautés émergentes. Notons aussi le réseau des Learning Labs, qui se fédère autour des changements de pratiques et des espaces sous l’impact du numérique, qui s’avère être également être une communauté dynamique et ouverte.

Les humanités numériques promeuvent les approches de science ouverte. Dans un contexte numérique, la publication peut prendre différentes formes, les démarches participatives permettent d’alimenter le débat, et on constate l’apparition de nouvelles formes d’événements plus actifs et moins formels. Tout cela créé un écosystème dans lequel il est possible d’évoluer du pédagogue débutant au chercheur confirmé.

Coté publication ouverte, des enseignants dont certaines références du domaine proposent des blogs, sources de réflexions. Certains médias proposent également des « fermes de blog » comme Educpros ou proposent des tribunes à des scientifiques (je pense à The Conversation qui propose une rubrique éducation). Des MOOC autour de cette transformation numérique sont également proposés. Certains permettent de créer des communautés temporaires susceptibles de nourrir des échanges intéressants.

Parmi les qualités du numérique, il y a cette opportunité de donner à voir l’abondance des initiatives. Des sites participatifs, comme par exemple innovation-pedagogique.fr, permettent une valorisation aisée des développements pédagogiques et des idées. À la fois source d’information, point d’entrée d’une communauté et moyen d’entamer une production écrite sur le web et de la partager avec ses pairs. On rentre là dans une démarche classique du numérique où chaque lecteur peut également contribuer, et où l’adhésion à une communauté est facilitée. Ce site promeut également une démarche de publication ouverte (chère également aux acteurs de humanités numériques) en relayant nombre d’autres publications ouvertes (de blogs de l’enseignement supérieur mais aussi de revues classées).

Notons également une initiative de réseau coopératif qui débute ici pour recenser et valoriser cet écosystème numérique autour de la pédagogie.

Il existe également des revues ouvertes dans le domaine (RIPES, RITPU, STICEF, …), mais conservant une démarche plus classique dans l’édition. L’Arxiv de l’éducation reste à créer.

Le numérique, ce sont aussi une nouvelle manière d’organiser des événements participatifs, actifs, dynamiques, permettant de se projeter dans le futur. Événements qui sont évidemment relayés dans le monde virtuel. Il y a eu les MOOCamp, Hack’apprendre pour imaginer l’université en 2035, ou les Orphee Rendez-vous. Il y a maintenant Edumix. Ces événements permettent de renforcer des communautés, d’élargir leurs bases, de mettre en avant le caractère humain de cette transformation.

Accompagner les enseignants à s’approprier les outils numériques doit sans aucun doute se prolonger par une invitation aux enseignants à intégrer les communautés s’intéressant à la pédagogie, à développer une littératie numérique en lien avec ces communautés, pour qu’ils puissent ensuite réinvestir les idées qu’ils auront collectées et les pratiques qu’ils auront développées avec leurs étudiants. La bonne nouvelle est que la démarche est proche de celle de la recherche, et que les évolutions visées correspondent également aux évolutions des pratiques des chercheurs. La transformation en cours nous invite donc à associer numérique, pédagogie et recherche.

NB : de retour d’Edumix, je confirme que l’on peut (doit?) aborder cette transition avant tout comme une aventure humaine. Ce petit texte s’affine dans mon traitement de textes depuis quelques jours, en vue de la journée transition digitale proposée par Educpros le 19 octobre. Un grand merci également à ma collègue Marine Karmann pour ces échanges qui nous ont permis d’affiner notre réflexion.

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Crédit Photo : l’équipe Zapata – Edumix Saint Etienne par le media room – licence CC-by-sa
 

La quinzaine de la transformation éducative

Les journées nationales de l’Innovation Pédagogique dans l’Enseignement Supérieur (JIPES) fin septembre ont été l’occasion de nombreux échanges autour de l’ensiengnement supérieur du XXIème siècle. Organisées par le MESRI (Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation), c’était évidemment un événement important. Mais ce n’est pas le seul, bien au contraire. On peut considérer que c’était l’événement d’ouverture d’une quinzaine de la transformation éducative. Voyons plutôt.

Vous êtes plutôt créatif, et intéressés par les événements participatifs ? Edumix vous passionnera du 11 au 13 octobre à Saint-Étienne. Si vous passez par là, ne ratez pas la restitution le 13 après midi à partir de 15 heures.

Vous croyez que la transformation viendra des Edtech ? Rendez vous les 12 et 13 octobre au Learning Show à Rennes pour repenser la formation avec le gratin de la EdTech.

Si pour vous la clé est la communauté étendue, et en lien avec l’activité professionnelle, vous serez sans doute tentés par le hackathon sur l’apprendre ensemble à Paris le week end du 14 et 15 octobre.

Le CESI organise un colloque plus formel, mais non moins intéressant, en posant la question d’un nouveau paradigme pour Penser la Formation aujourd’hui. Tables rondes et synthèses pour une approche systémique les 16 et 17 octobre à Paris autour de 6 piliers de cette transformation.

Vous travaillez à l’IMT (Institut Mines-Télécom), le second séminaire interne sur les transformations éducatives est fait pour vous à Rennes les 17 et 18 octobre.

Educpros prend l’angle de la transformation digitale d’un point de vue pratique pour aborder cette question éducative à Paris le 19 octobre.

Deux choses sont sûres :

  1. Il ne sera pas possible d’assister à tous ces événements, il faut faire son choix. Clairement les calendriers n’ont pas été croisés ;
  2. Et pourtant les acteurs se connaissent. Certains se retrouveront plusieurs fois, d’autres se croiseront. La synthèse globale sera sans doute plus difficile à réaliser.

Pour ma part, je serai heureux de m’immerger dans différents contextes et donc différents points de vue. Mon choix est lié à l’ordre d’apparition et d’invitations ces derniers mois. Je serai donc à Edumix, au CESI et à Educpros. J’ai présenté mes excuses aux organisateurs du Learning Show, du cercle APE, et à mes collègues de l’IMT auxquels j’ai promis un retour sur les événements auxquels je participerai.

 

PS : j’ai adoré ma lecture du matin : Le design thinking, de Stanford à l’école primaire française. On y parle de démarche d’innovation pour tous les enseignants, de changement de posture, de bienveillance, et d’étudiants qui sortent de leurs établissements pour accompagner la société civile, ici les profs. Que du bon. Inspirant pour le sujet qui nous préoccupe ici en tout cas.

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Crédit photo : Rosendale Primary School Design Thinking with NoTosh par Ewan McInsoth licence CC-by-nc

Retour au port d’attache pour QPES en 2019

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La neuvième édition du colloque de pédagogie « Questions de pédagogie dans l’enseignement supérieur » vient de se terminer à Grenoble dont la thématique « Relever les défis de l’altérité dans l’enseignement supérieur » a suscité des échanges, des retours d’expérience, des propositions particulièrement riches. Au fil des éditions, ce colloque s’avère être un événement incontournable pour les acteurs de l’innovation pédagogique dans l’enseignement supérieur.

Ce colloque a démarré en 2001 à Brest autour d’une équipe locale. Depuis, il se déroule tous les 2 ans et alterne entre Brest et différents lieux particulièrement actifs en pédagogie.

Pour la Xème édition, et ses 18 ans, nous sommes particulièrement heureux d’accueillir à nouveau QPES à Brest en 2019. IMT Atlantique (ex Télécom Bretagne), ENSTA Bretagne (ex ENSIETA) et l’UBO, en tant qu’établissements pivots, apportent déjà leur soutien à cette manifestation. D’autres établissements brestois devraient les rejoindre. L’équipe d’organisation qui est en train de se constituer (bienvenue si vous êtes intéressés) est en plein brainstorming et l’accueil qui sera fait aux conférenciers risque bien d’être à nouveau mémorable 🙂 et en musique.

D’un point de vue scientifique, nous nous sommes promis de travailler dur sur la valorisation et la diffusion des nombreuses contributions qui ont été et qui seront encore faites pour ce colloque (il y en a déjà approximativement 1000). On en reparlera !

Rendez-vous donc en juin 2019 pour un bel événement de la pédagogie universitaire. On compte sur vous.

Crédits photos :

Heure bleue par Yann Caradec licence CC-by-sa

l’accueil du Bagad par Étienne Valois – licence CC-by-nc-nd

Brest 2016 – Bark Europa par Claude Dopagne – licence CC-by-nc-nd

Les humanités numériques, cheval de troie pour revisiter la littératie numérique

Les humanités numériques correspondent à une interrogation des domaines de recherche des sciences humaines et sociales sur l’impact du numérique sur leurs métiers. Démarche réflexive, ce questionnement les a amené à réfléchir aux renouvellement des processus de construction et de diffusion des savoirs.

Cette réflexion ancre les différents éléments de la littératie numérique dans les métiers des « humanités ». On y retrouve globalement les éléments de processus de construction de savoirs prônés autour du web, avec néanmoins des spécificités complémentaires intéressantes. Cette démarche épistémologique émanant des chercheurs en humanités eux-mêmes, elle ne peut être taxée de démarche de geeks ou autres technophiles. Elle acquiert ainsi une légitimité qui doit rendre acceptable ces nouvelles compétences et autres méthodes à un public plus large que celui qui est habituellement sensible à l’importance de la littératie numérique. D’un point de vue sociologique, certains y voient un tournant.

Depuis quelques mois, un collectif se crée autour des humanités numérique et de l’éducation. Cette conjonction comporte plusieurs éléments intéressants :

  1. d’abord cela devrait renforcer la réflexion sur l’acquisition de compétences liées au numérique ;
  2. ensuite, de par ses origines, elle permet de promouvoir une démarche d’acquisition de connaissances par la recherche, ce qui est un mode pédagogique pertinent et tirant parti du numérique ;
  3. les pratiques d’analyses critiques et réflexives font également partie intégrante de la démarche ;
  4. les valeurs d’ouverture, de diffusion, de partage, de libre accès se dégagent naturellement d’une telle démarche
  5. la construction se fait dans un espace d’échange interdisciplinaire. Les débats semblent particulièrement riches. De plus un tel processus a également l’intérêt de ne pas produire un cadre prescriptif et définitif comme on peut l’avoir vu dans le passé.

La définition définitive de compétences semble en effet particulièrement difficile dans un contexte technique qui est et restera mouvant. Comme le rappelle Denys Lamontagne, les valeurs d’entraide et de collaboration sont fondamentales.

Pour l’enseignant informaticien que je suis, un des nœuds à résoudre est d’identifier les notions nécessaires à ces nouvelles pratiques issues de mon domaine. Deux supports de cours sont source d’inspiration. L’un cité dans la bibliothèque des humanités numériques de Elie Allouche nous vient de l’UCLA, le cours DH101. L’autre nous vient de l’ULB de Bruxelles.

On y trouve principalement des sujets techniques (numérisation, structuration et bases de données, analyse et visualisation de données ou de réseaux, analyse de textes, espaces virtuels, …) avec un déroulé issu de la démarche scientifique. On y perd sans doute les éléments de cette démarche inductive chère aux humanités numériques (et donc le développement de compétences de type littératie numérique) mais on y trouve en tout cas un corpus technique clair. Reste à y appliquer une méthode pédagogique plus ouverte, peut être sur un mode connectiviste comme ITyPA en son temps.

Remarquons à l’étude de ce corpus que l’on va au delà de la gestion de médias et de techniques de base au sens classique. Les enseignants et chercheurs en EMI (Éducation au Médias et l’Information) ont un temps considéré que la littératie numérique pouvait se ramener à leurs problématiques, en considérant le Web comme un média comme un autre. Le numérique va au delà, l’interrogation des Humanités Numérique permet d’élargir le débat par son approche pluridisciplinaire.

Dans le cadre des humanités numériques, émergent la nature des sources sur lesquelles on fait des recherche, l’analyse et la visualisation de données numériques, l’analyse linguistique, … bref des dimensions plus techniques de construction de connaissances. Si certains aspects peuvent sembler affaire de spécialiste, il y a tout de même une dimension citoyenne Par exemple, dans un monde de données largement disponibles et ouvertes, la capacité d’interprétation, ou au moins de compréhension de ces interprétations devrait faire partie du bagage citoyen. Le développement du data-journalisme en est un autre signal.

Si les Humanités Numériques sont bien un vecteur d’appropriation des processus de construction de connaissance tirant parti du numérique et donc un vecteur de développement de la littératie numérique, elles réinterrogent également le périmètre de cette littératie numérique. Et c’est une bonne nouvelle, tant ce périmètre est et restera mouvant.

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Crédit photo : Digital Humanities par Brian Solls – licence CC-by

 

L’apprenant acteur principal de son parcours tout au long de sa vie

De différentes manières les questions de l’apprentissage tout au long de la vie, de sa place dans la société, des politiques associées (on pense au CPA), des dynamiques possibles, des outils qui pourraient contribuer à l’émancipation de la personne (voir par exemple le travail d’exploration de la musette du travailleur de la Fing, aussi détaillée par Amandine Brugière : nouvelles formes du travail et de la protection des actifs) traversent le débat.

Nous nous proposons d’organiser un atelier fin janvier pour identifier quelles recherches sont-elles à mener pour mieux comprendre, accompagner et infléchir cette transition ? et pour initier des travaux en commun entre chercheurs de différents horizons.

Cet atelier prend place dans un rendez vous de 3 jours, appelé ORPHEE Rendez-Vous organisé pour identifier les grands challenges et les questions de recherche associées en éducation et e-éducation.

Pour aujourd’hui, nous attendons de votre part vos contributions, sous forme de papiers de positionnement, pour préparer et initier ces journées de débat.

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Crédit photo: Pyrénées par Jean-Paul Droz, licence CC-by-nd

 

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